Montréal, 27 octobre 2025
LETTRE OUVERTE
Le Québec coupe dans la formation des enseignants pendant que ses enfants peinent à lire
Tout le monde s’entend pour dire que l’éducation est à la base d’une société solide et harmonieuse. Le gouvernement prétend en faire une priorité. Pourtant, c’est l’inverse qu’on voit sur le terrain.
Par Dominique Tambosso, Directrice générale, Abilio – Centre de diffusion des savoirs sur l’enfance
Plusieurs récents sondages sonnent l’alarme quant au déclin de la lecture, et le documentaire L’Écart silencieux de la députée libérale Marwah Rizqy nous apprend que trop d’enfants québécois, surtout les garçons, peinent à apprendre à lire. Ce constat n’est pas nouveau pour ceux qui œuvrent en éducation. Ce qui l’est davantage, c’est l’ampleur du problème et l’urgence d’agir.
La lecture n’est pas une habileté innée ; elle doit être enseignée avec rigueur, selon des méthodes validées par la recherche. Or, de nombreux enseignants se retrouvent démunis : ils veulent se former, ils savent que des programmes éprouvés existent, mais ils n’y ont tout simplement pas accès.
Le paradoxe québécois : la science existe, mais reste sur les tablettes
La recherche en éducation nous dit clairement qu’intervenir tôt — avant 7 ans — a un impact déterminant sur les difficultés d’apprentissage et le décrochage scolaire. Nous savons également que les enfants issus de milieux défavorisés arrivent souvent à l’école avec des lacunes importantes dans leur développement. Ces constats ne sont pas débattus. Les solutions, elles, existent.
Le problème ? Ces solutions restent inaccessibles.
Cet automne, nous assistons à un ralentissement majeur des formations destinées au personnel enseignant. Des formations déjà planifiées sont annulées. Les raisons invoquées : compressions budgétaires et impossibilité de libérer les enseignants en raison du manque de personnel.
C’est un non sens complet. À quoi sert la recherche si ses résultats ne peuvent être appliqués sur le terrain ? Comment peut-on prétendre faire de l’éducation une priorité tout en coupant dans les moyens concrets d’améliorer les pratiques ?
L’urgence de former pour mieux enseigner
Avec un nombre croissant d’enseignants non légalement qualifiés dans nos écoles, la formation continue n’est pas un luxe : c’est une nécessité. Les enseignants le savent. Ils veulent apprendre à mieux enseigner la lecture, à utiliser des méthodes éprouvées, à rejoindre tous leurs élèves.
Mais face aux obstacles systémiques, plusieurs se rabattent sur des ressources gratuites trouvées en ligne, souvent d’origine et de qualité incertaines. Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, cette tentation est encore plus grande. Pourtant, nos enfants méritent mieux que des outils générés « on ne sait trop comment par on ne sait trop qui ».
Ils méritent des interventions fondées sur la science. Des programmes dont l’efficacité a été démontrée. Des enseignants bien formés qui maîtrisent les meilleures pratiques d’enseignement de la lecture.
Un investissement qui ne peut attendre
Nous le savons : la lecture et le niveau d’éducation sont des facteurs de protection majeurs contre les problèmes de comportement, de santé mentale et d’exclusion sociale. Plus on intervient tôt, meilleures sont les probabilités que les enfants développent les habiletés qui les mèneront à la diplomation.
Si le gouvernement croit vraiment que l’éducation de nos enfants est une priorité, il doit investir dans la formation continue des enseignants. Il doit leur donner les moyens d’enseigner selon les meilleures pratiques. Il doit cesser d’improviser avec l’avenir de nos jeunes.
Parce qu’un enfant, ça ne s’éduque pas tout seul. La lecture, ça s’enseigne. Et chaque enfant québécois mérite de recevoir une éducation de qualité, fondée sur ce que nous dit la science.
Il est temps d’aligner les discours sur les actes. L’éducation est une priorité ? Prouvons-le.
✉️ Signataire
Dominique Tambosso
Directrice générale, Abilio – Centre de diffusion des savoirs sur l’enfance
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